07 mai 2008
LE ROMANTISME
Le Romantisme
Au début du XIXe siècle, la réaction contre le Néoclassicisme donna naissance au « Romantisme». Il affirmait la prééminence de l'individu et sa personnalité changeante (sensibilité, émotions, vie antérieure devenaient des valeurs essentielles). Perpétuel appel du « moi » référence authentique et suprême, qui se dressait face au monde. L'idée de création libre, fondée sur les valeurs subjectives s'imposait de plus en plus. La progression ne fut pas simple, elle se heurta à l'apathie d'une bourgeoisie toujours montante, cupide, égoïste, prétentieuse, veillant avant tout à ses intérêts matériels! La tension émotionnelle s'élevait à l'extrême, l'exaspération de la passion incitait à l'aventure, au vagabondage incohérent, à une vie de bohême, la « vie d'artiste» signifiant (victime, exilé, rebelle). On se réfugie dans le rêve, l'imagination ou la nostalgie d'un passé mystique, irréel ou idéalisé. En revanche, les progrès techniques d'impression comme (la gravure, l'eau-forte, la lithographie, la chromolithographie) favorisèrent le développement des productions liées au monde de l'art par la diffusion massive des produits éditoriaux comme les livres, journaux, revues, catalogues et affiches publicitaires !
En Espagne
FRANCISCO GOYA (1746/1828) né à Saragosse en Espagne, fils d'un maître doreur, poussé par la passion du dessin, il vient travailler en 1760, dans l'atelier d'un peintre local José Luzan où il copie les estampes de son maître. En 1763, il se présente au concours de l'Académie royale à Madrid, où il est refusé, de ce fait, découragé, il part en Italie de 1766 à 1771. A
« El tres de mayo » (les fusillades du 3 mai 1808, à Madrid) 1814 huile/toile 210 x 148cm Museo del Prado, Madrid
En Allemagne CASPARD DAVID FRIEDRICH (1774/1840) né dans une famille allemande protestante, reçoit une éducation très strict. Son enfance sera marquée par une longue série de drames (mort de sa mère, ses soeurs, son frère), ce qui en fera un jeune homme solitaire qui passera des heures à se promener dans la campagne et qui sera pour lui une éternelle source d'inspiration ainsi que le moyen d'exprimer son sentiment religieux. A 20ans, il part à Copenhague et rentre à l'Académie des Beaux-Arts. Insatisfait de l'enseignement de cette école, il retourne s'installer en 1798 à Dresde, importante ville artistique allemande où il rencontre peintres, écrivains du groupe des « Romantiques ». En 1805, lors de l'exposition Weimar, le poète Goethe lui remet le 1er prix pour ses sépias (lavis monochromes en brun foncé). Puis, il s'oriente vers la peinture à l'huile et conçoit ses paysages en observant la nature tout en les chargeant d'une atmosphère religieuse. Son oeuvre « La croix et la cathédrale dans les montagnes » sera mal accueillie, l'emploi d'un paysage naturel pour un retable d'autel, scandalisera le public, mais, paradoxalement, cette oeuvre lui apporte célébrité et commandes, il est nommé à l'Académie de Berlin puis élu membre de l'Académie de Dresde, preuve de sa renommée. A 44ans, il se marie, trouve enfin le bonheur, mais quelques années plus tard, il deviendra invalide et ses oeuvres témoigneront d'une grande sensibilité à la couleur. A sa mort, il est presque oublié et c'est à la fin du XIXe siècle, avec les peintres « symbolistes » que son oeuvre connaîtra un réel succès et sera reconnu comme le plus grand paysagiste romantique allemand ! « Le voyageur au dessus de la mer de nuages » 1818 huile/toile 98 x 75cm Kunsthalle, Hambourg
En Angleterre
JOHANN HEINRICH FÜSSLI (Henri Fuseli) 1741/1825, né à Zurich, son père, peintre et écrivain suisse, le destinera à la peinture, il fréquente très jeune, le milieu littéraire et artistique de Zurich et débute sa formation en copiant les oeuvres que son père collectionne. Ses amis lui font découvrir les poètes Shakespeare et Milton qui deviendront ses principales sources d'inspiration. En 1764, il voyage à Rome, puis Londres où il rencontre le portraitiste Reynolds et sera influencé par les théories de l'art classique de l'archéologue Winckelmann et par les oeuvres poétiques de Milton. En 1779, il s'installe définitivement à Londres et adopte le genre novateur de la peinture fantastique, aux atmosphères étranges comme « Le cauchemar ». A partir de 1786, il réalise des œuvres inspirées des poètes Shakespeare et Milton où le fantastique perce à tous moments selon ce que les poètes veulent exprimer. En 1800, il est nommé professeur de peinture à l'Académie royale où il enseignera sa vie durant. Son influence sur William Blake est déterminante et ils seront amis dès 1787. Sa peinture annonce les romantiques et ses rêves étranges ont influencé les « Surréalistes ».
« Le cauchemar » 1781 huile/toile 102 x 127cm institute of Arts, Detroit
WILLIAM BLAKE (1757/1827) né à Londres, peintre, poète, illustrateur, presque inconnu de son vivant, fut apprécié par les générations ultérieures.
Auteur de poèmes lyriques et épiques tels « Chants d’innocence » 1789, « Chants d’expériences » 1794. Admirateur de Michel-Ange, obsédé par la bible, il utilisa le procédé de la détrempe et créa des peintures mystiques à la fois visionnaires et symboliques dépassant les bornes du réel. Il fut l'un des meilleurs représentants de la 1ère génération romantique.
« Compassion » 1795 aquarelle à base d'encre à papier 42 x 54cm Tate Gallery, Londres
JOHN CONSTABLE (1776/1837) né à East Bergholt, destiné par son père à la carrière ecclésiastique, mais, Sir George Beaumont (fondateur de la national Gallery) remarque les dons du jeune homme et persuade son père de l'inscrire à l'Académie royale de Londres. Après quelques années, il quitte l'école et se consacre à son activité préférée, la peinture de paysage. Si à la fin du XVIIIe siècle, les peintres anglais utilisent le paysage comme décor, Constable aime peindre la nature pour elle seule. En1824, à presque 50ans, il a enfin une commande importante « Vue de la cathédrale de Salisburg » et cinq ans plus tard, il est nommé membre de l’académie royale et devient un peintre paysagiste officiellement reconnu ! Son œuvre n’aura pas grand impact en Angleterre, mais il fut pour les peintres romantiques français, la grande révélation du salon de1824 à Paris. Il fut un des grands initiateurs du paysage moderne et aura une influence sur Boudin et Monet !
JOSEPH MALLORD TURNER (1775/1851) né à Londres, fils de barbier, il sera admis dès l'âge de 14ans grâce à son talent précoce, à suivre gratuitement les cours de l'Académie royale jusqu'en 1793. Elève très travailleur, il se consacre au paysage, et, le soir, pour vivre, il peint des aquarelles, qui sont des copies d'autres artistes. En 1796, il expose sa 1ère peinture à l'huile « Pêcheurs en mer » à l'académie royale et trouve dans
cette technique son meilleur moyen d’expression. En 1799, Tuner est élu membre associé de l'académie royale, puis membre titulaire et s'installera dans la maison de Harley Street pour y faire bâtir une galerie destinée à exposer ses tableaux. A l'âge de 44ans, à l'apogée de son talent, il voyagera dans toute l'Europe et enfin en Italie, où il réalisera en deux mois près de 1500 dessins au crayon, sur Rome et ses environs. Dès lors, il s'exprime en toute liberté, utilisant la couleur pure et où le motif disparaît pour ne laisser place qu'à la lumière qui traverse nuages, pluie ou brouillard, souvent étalée au couteau, la couleur reste transparente, cherchant à traduire les effets de l'atmosphère. Il meurt dans sa maison à Chelsea en 1851 et laisse à la nation, 300 huiles et plus de 19000 aquarelles et dessins en demandant qu'elles soient conservées dans une galerie spéciale. Il désirera aussi que sa fortune serve à fonder une institution pour les artistes anglais dans le besoin mais si le legs sera accepté, l'institution ne sera jamais créée ! Ses oeuvres sont désormais partagées entre la « Tate Gallery » et le « British Museum ».
En France
THEODORE GERICAULT (1791/1824) né à Rouen, fils unique d'une riche famille normande. En 1796, sa famille s'installe à Paris, et, en 1808, sa mère décède en lui laissant une grande fortune. Très doué pour le dessin, il entre à l'âge de 17ans, à l'école de Carle Venet et deux ans plus tard, il
travaille à l'atelier de Pierre Narcisse Guérin, disciple de David. A 20ans, il est déjà célèbre pour ses peintures de chevaux dont il a la passion et en 1812, il présente au Salon sa 1èreoeuvre importante « Officier de chasseurs à cheval chargeant » qui aura un grand succès. Toujours à la recherche de sujets pour de grande composition, il part pour Rome de 1816 à 1817 où son imagination sera stimulée par l'étude de Léonard de Vinci, Raphaël et Michel-Ange. A son retour, il ouvre un atelier et commence à s'intéresser aux sujets de la vie contemporaine et aux faits d'actualités qui lui fait trouver enfin un grand sujet « Le radeau de la méduse » qu'il exposera à Londres, d'autres grandes villes, puisqu'au Salon à Paris en 1819, l'accueil n'y sera pas excellent, et, de ce fait, il atteindra le succès en Angleterre ! De retour à Paris en 1821, il dilapide sa fortune, ne termine pas ses peintures et de caractère dépressif, il tente de se suicider, et, à l'hôpital de la salpêtrière, il s'intéressera à la folie et réalisera une galerie de portraits de différents malades qu'il côtoie, avec un étonnant réalisme qui reflète avec justesse le désarroi des aliénés. Son dernier tableau « Le four à plâtre » annonce les peintres de « l'école de Barbizon ». Il mourra à l'âge de 33ans, suite d'une longue agonie de 11mois due à une chute de cheval mal soignée et Le « Salon » lui rendra cependant hommage en 1824, l'année de sa mort, en présentant quelques unes de ses dernières toiles !
« Le radeau de la méduse » 1815 huile/toile 491 x 716cm Musée du Louvre Paris
« Portrait d’aliénée » 1821 huile/toile au Musée de Lyon
Le lancement complet du « Romantisme » en France advint au Salon de 1824, à Paris, avec le tableau du peintre Eugène Delacroix « Les massacres de Scio » Musée du Louvre, Paris. Une œuvre révolutionnaire, aussi politiquement engagée que le « Guernica » de Picasso, des années plus tard !
EUGENE DELACROIX (1798/1863) né à Charenton-Saint-Maurice mort à Paris, il est peut-être le fils naturel de Tallerand. Orphelin à 16ans, il suivra en 1817, une formation classique à l'école des « Beaux-Arts » et se lie d'amitié avec Géricault dans l'atelier de Pierre Narcisse Guérin, qui lui fait partager sa passion pour les chevaux. Mondain, il fréquente les célébrités de l'époque comme Victor Hugo, Honoré de Balzac, Stendhal. Un atelier est mis à sa disposition à Nohan (Indre) chez George Sand et Frédéric Chopin, ses amis préférés. En1824, il expose au « Salon » « Les massacres de Scio » qui rappelle un épisode de la guerre récente entre les Grecs et les Turcs, puis, en 1827, « La mort de Sardanapale » inspirée du drame écrit par le poète anglais Lord Byron, mais il sera critiqué et il ne vendra aucune toile durant quelques années. En traduisant la violence des passions, l'intensité des émotions, le goût de l'Orient, il rompt avec le passé et devient le chef du « mouvement Romantique » ! En 1832, il voyage à travers l'Algérie, le Maroc, la Grèce
Fauves. De ses voyages il réalisera des oeuvres aux thèmes orientalistes avec une palette plus claire et lumineuse. En 1833, il reçoit sa 1ère commande officielle de l’Etat « La décoration du Palais Bourbon », « La décoration du plafond central de la galerie au Louvre » « Des fresques à l'église Saint-Sulpice de Paris ». Il fut le plus grand peintre romantique français mais aussi un écrivain remarquable. Son « Journal » est un témoignage passionnant de son époque. A ses élèves, il écrit « tous les sujets deviennent bons par le mérite de l'auteur. Oh, jeune artiste, tu attends un sujet ? Tout est sujet, le sujet, c'est toi-même, ce sont tes impressions, tes émotions devant la nature, c'est en toi qu'il faut regarder et non autour de toi » !!!
Son atelier place Fürtenberg à Paris, à été transformé en « Musée Delacroix ».
« La liberté guidant le peuple » 1830 huile/toile 260 x325cm Musée du Louvre, Paris
« Grecque dans les ruines de Missolonghi » 1826 Huile/toile Musée des Beaux-Arts, Bordeaux


















