02 septembre 2008
EXPOSITION "LES CAPRICES DE 1799 A NOS JOURS
AU MUSEE DE LILLE - PALAIS DES BEAUX-ARTS - (Terminée le 17/8/2008)
Les caprices de Goya
"Dios la perdone Y era su madre" 1799
Cela faisait près de 25 ans que le musée de Lille n'avait pas présenté cette magnifique collection de gravures satiriques du peintre espagnol Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828). Il fut un temps où le musée ne devait sa réputation internationale qu'à deux grands tableaux de Goya connus sous les noms des « jeunes » et des « vieilles », et c'est toujours avec autant de plaisir esthétique que l'on redécouvre son œuvre, fantastique, provocante, drôle, violente.
Quatre-vingts estampes constituent la série des caprices, réalisée à l'aquatinte rehaussée de burin, d'eau-forte et de pointe sèche, dont la première édition apparaît en 1799, après deux années de travail. C'est un exemplaire de cette première édition qui est conservé au musée de Lille et qui fait partie de la richesse de ses collections. Cette série de gravures se décline en trois thèmes consacrés à la satire sociale, amoureuse et à une approche fantasmagorique de la sorcellerie.
On y trouve là toute l'âme tourmentée de l'artiste, son œil critique, l'expression de son tempérament et la virulence de son jugement à l'égard de ses contemporains.
En 2005, le musée national d'art de Mexico expose deux cent cinquante œuvres de l'artiste, en provenance d'une trentaine de pays, parmi lesquelles des gravures de tauromachie, des « désastres de la guerre », des caprices et des proverbes (( los disparatos »).
Plus récemment, du 5 juillet au 14 octobre 2007, la mairie du 5ème arrondissement de Paris a présenté une exposition intitulée « Goya, l'œuvre gravée de Baudelaire à Malraux » dédiée aux plus grandes séries de gravures de l'artiste : les caprices, les désastres de la guerre, les « Folies » et la tauromachie ! Le tout accompagné des critiques et des interprétations faites sur l'œuvre de Goya par des poètes et des écrivains français de Baudelaire à Malraux.
Grâce à cette riche présentation, il est possible d'avoir un aperçu de plus en plus complet de la « puissance » et de la variété de son travail.
Le Petit Palais, à Paris, a également présenté, du 12 mars au 8 juin 2008, « Goya graveur ». On pouvait y voir des œuvres de la série des caprices et des proverbes.
Cet artiste prolifique est donc une valeur sûre de l'histoire de l'art, sans doute parce que son art atteint une grande perfection technique que ce soit dans la peinture comme dans la gravure. Ce succès est également dû à sa personnalité, parfois morose, voire cynique (il trempe volontiers son pinceau ou sa pointe sèche dans «l'acide ») mais aussi intelligente et brillante. On en oublie que sa technique atypique se tient hors des limites esthétiques de l'époque, entre tradition et création novatrice. Entré au service de la famille royale, il fera partie du cercle des « ilustrados » intellectuels progressistes influencés par les idées de l’époque, celles de l'Europe des lumières. Très prisé à la cour d'Espagne, il a réalisé le portrait de nombreux aristocrates, de nobles et de personnalités royales, comme Ferdinand VII, et fut nommé peintre du roi dès 1786. A l'arrivée au pouvoir de Charles IV, il obtient le titre de « peintre de la Chambre ».
En 1792, il tombe gravement malade, s'en relève mais restera définitivement sourd. Ce qui ne l'empêche pas de réaliser ses plus grands chefs-d'œuvre picturaux, tels que la coupole de la chapelle royale de San Antonio de la Florida à Madrid, ou le portrait de groupe de la famille de Charles IV(1800).
Il aura tout de même une grande déception : ses « Caprices» (los Caprichos) seront censurés sous la pression de l'inquisition. Cette suite de gravures ne sera tirée de son vivant qu'à trois cents exemplaires retirés de la vente. Pourtant l'artiste ne s'attaque pas à des personnes en particulier, mais à des situations, que ce soit par le rire, comme dans la représentation d’un riche héritier ridicule, ou par l'horreur, quand il met l'accent sur la superstition, avec cette jeune fille qui arrache les dents d'un pendu. Il se livre à toutes sortes de dénonciations, d'allégories, de parodies. Beaucoup de femmes y figurent l'amour, la prostitution, l'hypocrisie, les inégalités et fatalité sociale. Goya mêle réalisme et caricature tout en gardant une grande maîtrise des jeux d'ombre. Son trait stigmatise les « vieilles coquettes jusqu'à la mort ». Ses représentations satiriques n'épargnent pas l'âme humaine. Il est sans doute difficile de saisir toutes les significations culturelles et historiques de ses « Caprices », de capter la saveur de symboles propres à une société spécifique, avec ses codes, ses réseaux d'influences, ses petits morceaux de vies privée et publique à jamais secrètes pour nous. Par là même, il apparaît comme un témoin engagé de son époque.
En pendant de l'exposition, le musée des Beaux-Arts de Lille propose de témoigner de l'héritage de Goya en présentant les frères Chapman et Yasumasa Morimura.
Le Caprice contemporain fait référence au maître espagnol en lui assurant un prolongement à travers le temps, comme un écho de la modernité à la satire bienfaitrice de son époque.
D. Paulette











