11 octobre 2008
ARTENTION N° 9 2003
Place des femmes en art et critique féministe
Un précédent historique : le mouvement des femmes en art.
(Fabienne Dumont)
LEONORA CARRINGTON
Des plasticiennes ont lutté dans les années 70 pour que la situation change. Il est intéressant de remonter à cette source historique sans précédent restée quasiment inconnue du public : le mouvement des femmes en art. Il fut parallèle, mais non conforme quant à son contenu artistique, à ce qui se passait et se disait dans le mouvement social des femmes, le MLF, actif de 1970 à 1981 environ. Les artistes ont effectué dans ces groupes un travail de reconnaissance, d'expression de leur vécu et de lutte contre les stéréotypes de la société qui a dégagé le terrain et profité aux générations d'artistes suivantes.
« On peut se demander pourquoi l'histoire de l'art n'a pas retenu ce mouvement et ne lui a pas accordé la place de choix qui lui revient dans l'évolution des mentalités. » Femmes et art : où en est la situation ? Pour mieux appréhender la situation actuelle, il faut remonter à trente ans en arrière. Dans les années 1970, 5 à 20 % de femmes obtenaient le droit à exposer leurs oeuvres sur les cimaises des salons, galeries et musées. Aujourd'hui, la situation semble avoir évolué en ce qui concerne les instances premières de reconnaissance, mais elle reste bloquée en ce qui la concerne au niveau national. Prenons deux expositions qui auraient dû montrer un nombre de femmes importantes : Celle de Masculin-Féminin a établi qu'il revenait à 70% d'artistes hommes d’exprimer ce qu'il en était de ces notions, et la dernière exposition surréaliste dans les mêmes lieux, avait à peine 5% d'oeuvres d'artistes femmes sur ses cimaises. Où sont passées toutes les recherches effectuées sur Leonora Carrington, Léonor Fini, Frida Kahlo, Dora Maar, Méret Oppenheim, Kay Sage, Dorothea Tanning, Toyen et bien d'autres encore ? Peut-on prétendre aujourd'hui que ces oeuvres ne valent rien et les renvoyer aux oubliettes ?
LEONORA CARRINGTON
Des plasticiennes ont lutté dans les années 70 pour que la situation change. Il est intéressant de remonter à cette source historique sans précédent restée quasiment inconnue du public : le mouvement des femmes en art. Il fut parallèle, mais non conforme quant à son contenu artistique, à ce qui se passait et se disait dans le mouvement social des femmes, le MLF, actif de 1970 à 1981 environ. Les artistes ont effectué dans ces groupes un travail de reconnaissance, d'expression de leur vécu et de lutte contre les stéréotypes de la société qui a dégagé le terrain et profité aux générations d'artistes suivantes.
Dès le début de la décennie se mettait donc en place un mouvement non mixte constitué de plusieurs groupes d'artistes qui cherchaient à réfléchir à leur situation en confrontant leurs expériences. Ces groupes avaient en commun un certain mode de fonctionnement, allant de réunions dans les ateliers des plus favorisées à des discussions sur leurs oeuvres, voire à l'organisation d'expositions communes, et passant par des prises de conscience de la similitude des expériences de rejet de leurs travaux en tant que femmes. Rares furent les cas où des galeristes, hommes et femmes, dirent ouvertement leur refus de prendre une artiste sur le simple fait de son sexe, ou du refus final d'un acheteur convaincu par l'oeuvre mais reculant devant le sexe de son auteur. Ces deux discriminations étaient pourtant la base de ce manque de visibilité des femmes, qui existaient en tant qu'artiste et travaillaient, avec souvent une formation aux beaux-arts en poche.
Être une femme et une artiste n'allait pas de soi, et ces groupes permirent cette prise de conscience de la situation généralisée dans laquelle se trouvaient les plasticiennes, et la mise en place par la reconnaissance mutuelle de leurs travaux d'un droit interne à être femme et artiste. Il faut aussi noter que c'est à cette même période que commencèrent les recherches en histoire de l'art visant à faire sortir des oubliettes les artistes des siècles et décennies passés. Mobilisées par ces sujets, elles furent des centaines à se rendre aux réunions de chaque groupe, beaucoup moins à exposer, et il n'y en eut qu'un nombre restreint qui participa activement à la dynamique du groupe et à ses côtés plus administratifs. Mais l'impact social était évident et toutes les artistes interrogées ont reconnu l'importance de ces groupes pour la construction de leur identité de créatrice.
Quelques publications eurent lieu, dans des numéros spéciaux des revues d'art ou dans des bulletins internes aux groupes, également au Salon de la Jeune Peinture. On y voit les divergences entre les positions féministes adoptées par les unes et les autres. Les oeuvres sont l'écho de ces différents, certaines ayant axé leur travail sur l'engagement politico-social de l'oeuvre, d'autres ayant effectué un travail artistique sans référent féministe, mais ayant lutté avec les autres pour exister au sein de la scène artistique. En tous les cas, les oeuvres de cette époque montraient différemment que les groupes MLF les conditions de vie des femmes et leurs révoltes contre celles-ci. Contraception, avortement, salaire égal, connaissance de son propre corps et de sa sexualité, reconnaissance du viol comme crime et autres thèmes du MLF ne se déclinent pas ainsi pour les artistes. Elles ont travaillé l'image des femmes et leurs vécus d'une manière différente, plus proche d'un vécu quotidien et intime, parfois empreint de violences, approches complémentaires aux revendications sociales sans les illustrer directement. L'avortement ne fut par exemple représenté que par une seule artiste.
( A SUIVRE)
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