Canalblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
LE BLOG DE FANFG
Publicité
23 octobre 2008

ARTENTION N°31 2006 ARTS PREMIERS

Arts Premiers

Ils seront les derniers à disparaître

Par Christian Noorbergen

On a pu voir vraiment, mais après coup, cet art brut de sens, cet art de sens à l’état brut, après les mauvais coups de la colonisation, cet art de sauvages, inspiré et inouï. Immense respect à titre posthume. Est-il encore temps d’en vivre ? Si cette création première, tribale, archaïque, de ces fabricants de merveilles, atteint de plein fouet l’artifice des cultures installées, c’est que nos réponses ont échoué, et que nos certitudes s’achèvent. La raison seule n’étreint pas l’univers. Et si le déferlement qui formate les esprits ne cesse de s’étendre, quelque chose tourne à vide, et le vide croît.

Toute communication est déperdition. Les cultures s’efforcent en vain de cacher l’irrespirable fragilité de la vie, et l’impensable de son poids.

Tout système d’écriture réduit le champ du compréhensible. Tout alphabet créé oublie ses sources, et dessèche le mental. Les quelque sept cents signes sacrés de l’Egypte antique se sont éteints lentement, remplacés par vingt sept lettres. Le lion hiéroglyphé est sans couleur, pour qu’ainsi affaibli, il ne puisse dévorer son voisin de signe. L’image (ou l’objet ) d’art premier, dit la perte insensée de l’origine, et la faiblesse symbolique des actuels signifiants.

Les arts premiers précèdent l’écriture, et s’exaltent en son absence. La peinture elle-même est une langue plus ancienne que la langue des mots. Les mots sont des substituts de vie oubliée, et les acteurs de l’actualité, sous masque idéologique, ne savent plus « être » dans leurs paroles.

Figures traversées de mort, dans la béance des yeux, et l’absence de tout regard. L’œil est écartelé entre le vide et la vie, écarquillé, extasié, fenêtre grande ouverte sur la mort qui tue la chair. Miroir d’infini. La vie brève passe devant la non apprivoisée, la mort indicible.

La mort-vie

Sacrifier le sol, le marquer comme une peau. Comme si l’humain pénétrait la terre. Stèle sexuée, tendue vers la grande voûte femelle, pour une frêle éternité. Tatouer l’animal, entourer l’humain de sa peau, indistinguer l’homme de la bête, des éléments et des sols. Faire disparaître l’au-delà illusoire. Garder l’intime du contact avec les forces vitales qui se partagent l’univers. Celles que la modernité a oubliées, et qui ressurgissent en pathos incontrôlé. On sait la surface des choses, on ne sait plus guère le poids des choses, sinon chez quelques artistes, durement à l’écoute du dedans. Les puissances convoquées doivent répondre aux appels de l’artisan-magicien. Art d’appel et de pouvoir. Art de dialogue : appeler, être appelé. Etranges correspondances entre le dehors et le dedans. Remède à la mort-vie. Altérité signée.

Un sens larvaire, rampant et inassouvi, préservé de l’évidence, donne une apparence visible, tangible, efficiente, aux usages marqués de l’existence. Tous les possibles du corporel humain, reliant tous les états de l’univers, y sont présents, virtuels, poignants, décisifs, illimités et vitaux, et l’art apprivoise les forces lourdes de la vie.

Les Elémentaires

Ce qui précède l’écriture, et qui la domine sur le plan des pouvoirs et des possessions, impose les marques de l’inconscient collectif, et suppose l’interdit de l’individualité. Naissent des formes incroyablement affirmées, ciselées et décantées par les générations, et quasi intemporalisées. Carré cernant, cercle absorbant, triangle sexuel, pierre fendue, robe du jaguar, œil exacerbé du toucan, taches vitales dans les prisons provisoires de l’humanité… Eloignées des éphémères toujours déjà démodés de la modernité, ces formes brutales sont retrouvées par quelques-uns, fût-ce à leur insu, puis vivifiées par la fluidité de leur gestuel, la singularité de leurs affects, ou leur capacité d’affrontement...

Venant à  bout de son individualité, l’artiste peut retrouver la puissance d’impact des arts d’origine. Ils lui servent d’assise, et de grand véhicule. Arrière-langage, pour partir de loin, en traces directes…

L’universalité du vocabulaire des grands « élémentaires », par le saisissement de l’essentiel, ( le corporel, le sexuel, le mortel ) alimente, depuis les premiers expressionnistes, certains créateurs d’hier, de Kubin à Jawlensky, et d’aujourd’hui, de Jephan de Villiers le sylvestre, à Christoforou l’implacable, d’Alary le pariétal, à Vialat, l’immobile nomade. L’en deçà du corps, son gouffre inhabitable, est le territoire de vie de ces artistes liant humanité, beauté et cruauté.

Cet art, possesseur de vie, fut. En lui et par lui, la nature proche, et les animaux-dieux, et les esprits des lointains, rêvaient à vie haute. Ce furent voix de vents et d’ancêtres, charmes d’esprits, et fabuleuses empreintes d’univers. Où la pression prodigieuse de la vie, crûment sexuée de mort, et l’éruption des soubassements psychiques s’expriment à vif.

Artistes de nos profondeurs, à l’inexploré douloureux, vous aussi, à hauteur de regard et de corps, vous creusez à mains nues ces souterrains perdus. Les arts premiers agissent en vous comme une formidable chirurgie d’âme, et pour nous tous, vous sortez de l’antre.

kubin

tu_piques_kubin  le_pass___alfred_kubin

ALFRED KUBIN  (visionnez sur le blog d'ISIS, l'expo de 2007)

jawlensky__femme  Alexi Jawlenski  - Expressionniste

jephan_de_villiers Jephan de Villiers   Le sylvestre

jephan_de_villiers1 JEPHAN DE VILLIERS

christoforou    JOHN  CHRISTOFOROU

atelier_2008_alary PIERRE ALARY

Publicité
Commentaires
Publicité
Archives
LE BLOG DE FANFG
Publicité
Derniers commentaires
Newsletter
Publicité
Publicité